Le syndrome de la bandelette ilio-tibiale, aussi nommé syndrome de l'essuie-glace, peut parfois être difficile à mettre en évidence. Devant un examen clinique douteux, les techniques d'imagerie peuvent s'avérer de véritables aides au diagnostic.
La symptomatologie clinique du syndrome de la bandelette ilio-tibiale (aussi appelé dans sa partie proximale : tenseur du fascia lata (TFL)) ou syndrome de l'essuie-glace est, le plus souvent, typique à l'examen clinique,ne nécessitant pas d'examen complémentaire. La douleur externe du genou siège 2 à 3 centimètres au-dessus de l'interligne articulaire à type de brûlure ou d'échauf-fement, survenant classiquement chez le coureur à pied au bout d'un certain temps de course. Devant un tableau clinique plus "frustre", ou devant la persistance des symptômes, la prescription d'examens complémentaires devient utile. Ces examens ont plus pour but d'éliminer les autres causes de douleur externe du genou,que de montrer la zone conflictuelle.
RADIOGRAPHIES
Les radiographies du genou restent un préalable indispensable. Elles sont normales dans la majorité des cas. Elles peuvent montrer des anomalies en faveur d'une pathologie rotulienne ou méniscale externe (pincement de l'interligne articulaire, remodelage sous-chondral). Les grands clichés de face peuvent montrer un morphotype en varus, retenu comme une cause favorisante pour le conflit ilio-tibial.
ARTHROGRAPHIE OPAQUE
L'arthrographie opaque est prescrite chez le sujet sportif pour rechercher une lésion méniscale externe, mais elle méconnaît totalement les atteintes périarticulaires comme le conflit ilio-tibial. Elle est également peu performante pour la détection des lésions du cartilage fémoro-patellaire ou fémoro-tibial. Ces lésions cartilagineuses sont en revanche mises en évidence en arthroscanner. Le scanner n'a aucun intérêt sans injection de produit de contraste.
ÉCHOGRAPHIE
Réalisée de plus en plus fréquemment dans l'exploration d'un genou douloureux, l'échographie explore les parties molles péri-articulaires, les contours des corticales et la partie périphérique des interlignes articulaires.Elle autorise, seule,une étude dynamique contrairement à l'IRM.
 syndrome de l’essuie-glace syndrome de l’essuie-glace en échographie. Zone hypoéchogène à l’interface os-tendon (cadre). |
 même patient que la Fig. 1 même patient que la Fig. 1 en échographie et en Doppler couleur. Hypervascularisation de la zone du conflit. |
Dans le cas d'un conflit ilio-tibial,on peut retrouver une zone hypoéchogène (Fig.1), voire une véritable bursite (plage anéchogène bien limitée, dépressible et mobilisable) entre leTFL et le condyle latéral du fémur. En Doppler couleur (Fig. 2),lorsque la ré-action inflammatoire est importante, on note une augmentation, par rapport au côté sain, du réseau vasculaire. L'étude se fait par des coupes axiales et coronales pour différencier le récessus latéral articulaire et la bursite. Il est à noter, que certains récessus arti-culaires ont une expansion latérale très profonde, s'insinuant entre le TFL et la corticale à l'origine d'un probable conflit. Cette hypothèse est toutefois contestée par certains qui ne retrouvent aucun contact entre le récessus synovial et le tubercule condylien. L'échographie confirme le diagnostic cli-nique de façon simple, rapide et peu coûteuse. En revanche, elle ne peut qu'ex-ceptionnellement rechercher d'autres causes de douleur externe du genou (méniscale ou cartilagineuse). Les kystes méniscaux et les autres tendinopathies sont néanmoins bien analysés par cette tech-nique d'imagerie. L'autre intérêt de l'échographie est de réaliser un test anesthésique et une infiltration cortisonée sélective de l'espace ou de la bourse sous le TFL chez certains patients présentant un problème dia-gnostique.
IRM
 aspect normal de la bandelette aspect normal de la bandelette ilio-tibiale (flèche) en IRM. |
 syndrome de l’essuie-glace syndrome de l’essuie-glace en IRM. Hypersignal et T2 fat-sat (coupes coronale et axiale). |
 syndrome de l’essuie-glace syndrome de l’essuie-glace en IRM. Hypersignal et T2 fat-sat (coupes coronale et axiale). |
L'imagerie par résonance magnétique permet une étude anatomique précise de toute la région latérale :biceps,poplité et ligament latéral en arrière, condyle latéral, ménisque et compartiment fémoro-tibial latéral en profondeur,TFL en superficie (Fig.3),articulation fémoro-patellaire et récessus synovial en avant. Le diagnostic positif d'un conflit entre la bandelette et le condyle latéral se fait, comme en échographie,sur des coupes transverses et coronales. Sur la séquence T1, on note une disparition du liseré graisseux normale-ment présent, remplacé par une zone de bas signal à l'interface TFL-condyle latéral. En T2 et T2 fat-sat, il existe un hyper-signal plus ou moins intense de même topographie (Fig. 4 et 5). Plus rarement, il existe un aspect de bourse liqui-dienne interposée entre la bandelette et la corticale. Dans notre expérience, dans les formes débutantes, on note un simple oedème à la face profonde de la bandelette ; sur les conflits plus anciens, la fréquence des bourses augmente. Dans quelques rares formes très an-ciennes ou négligées, la structure de la bandelette ilio-tibiale peut être remaniée avec un épaississement, voire des fis-surations intratendineuses (Fig. 6). De même, dans des conflits évolués, il existe une inflammation à la surface de la bandelette dans les parties molles sous-cutanées. L'intérêt de l'IRM n'est pas tant de faire le diagnostic de conflit avec la bandelette ilio-tibiale que d'écarter les autres causes de douleurs de la face latérale du genou. On recherche essentiellement une fissure méniscale externe (Fig.7) de la corne an-térieure ou du segment moyen de mé-nisque parfois responsable d'un kyste méniscal développé dans les parties molles.Certains de ces kystes ont parfois une extension vers le haut, entre le TFL et le condyle latéral. Les lésions cartilagineuses rotuliennes ou trochléennes peuvent occasionner une gêne à la face externe de l'articulation : elles sont dé-tectées en IRM plutôt lorsqu'elles sont profondes (stades III et IV). Plus rares, les atteintes du tendon distal du biceps crural peuvent poser un pro-blème diagnostique avec un syndrome de la bandelette. En échographie,le tendon, s'il est fissuré, est augmenté de calibre, hypoéchogène, avec une zone anéchogène interrompant les fibres. En IRM, la séquence T2, montre un tendon hétérogène, oedématié, voire fissuré avec une zone liquidienne intratendi-neuse (Fig. 8). Plus fréquemment, il n'existe qu'une réaction inflammatoire péri-tendineuse.
 Diagnostic différentiel Diagnostic différentiel. Fissure méniscale externe en IRM. |
 Diagnostic différentiel. Diagnostic différentiel. Fissure méniscale externe en IRM. |
 Figure 8 : tendinopathie Figure 8 : tendinopathie fissuraire du tendon distal du biceps en IRM. |
CONCLUSION
L'échographie et l'IRM permettent de faire le diagnostic positif du syndrome de l'essuie-glace lorsque l'examen clinique est douteux. L'échographie peut éventuellement guider le geste d'infiltration pour valider le diagnostic clinique. L'IRM offre l'avantage de pouvoir démembrer toutes les causes de douleurs de la face latérale du genou chez le patient sportif : méniscale, cartilagineuse, sous-chondrale ou d'origine tendineuse.
Pour en savoir plus
- Muhle C, Ahn JM, Yeh L et al. Ilio-tibial band friction syndrom : M. fin-dings in 16 patients and M. arthro-graphic study of six cadaveric knees. Radiology 1999 ; 212 : 103-10.
- Murphy BJ, Hechtman KS, Uribe JW et al. Iliotibial band friction syndrome : MRI findings. Radio-logy 1992 ; 185 : 569-71.